La notion moderne des ChatBots débute avec l’avènement par Apple de Siri, intégrée aux smartphones depuis octobre 2011. Siri marque le début de l’ouverture au grand public des assistants personnels et permet de rendre palpable plusieurs théories de l’intelligence, mais aussi les fantasmes des auteurs du 20ème siècle.

Siri signifie « femme magnifique qui vous mène vers la victoire » en Norvégien, c’était facile à retenir et à épeler.

Dag Kittlaus

La genèse : Imitation Game

L’un des premiers à s’être penché sur la théorie de l’intelligence artificielle n’est autre que Alan Turing dans les années 50. Le chercheur définit l’intelligence comme la faculté de converser. Selon lui, si une machine est capable de répondre de manière logique à une question, elle fera preuve d’intelligence. On note ici que la notion d’intelligence est biaisée par Alan Turing, qui en propose une définition stricte. Pour prouver sa théorie il met en place un test qu’il nomme “le jeu de l’imitation”, ( oui oui comme le film ! ). Celui-ci consiste à enfermer dans une salle une personne qui sera désignée par le terme de « juge » et équipée d’un terminal d’ordinateur. Le terminal lui permet de communiquer avec une autre personne et un ordinateur sans qu’il ne voit aucun des deux. Le « juge » doit enchaîner une série de questions qui ont pour objectif de désigner l’humain et la machine.

Les statistiques de réussite sont données ainsi : quand plus de 30% des juges ne peuvent décider si les réponses proviennent d’un humain ou d’une machine, alors la machine remporte le test. On dit alors qu’elle est dotée d’une intelligence comparable à la nôtre. Même si Turing n’est pas le premier à mettre des caractéristiques humaines sur des machines – cela existe depuis les automates -, le fait de mettre en lien une qualité comme la capacité de dialoguer avec une machine est une première.

Vers une approche anthropomorphique…

Historiquement, la pensée anthropomorphique fait, en effet, l’objet d’une longue réflexion au croisement de l’anthropologie, de la psychologie ou des arts. Cette notion couvre un ensemble de conceptions qui évoluent dans le temps et selon les cultures. Si l’on se penche un peu plus dans l’histoire en général on remarque que l’homme attribue ses traits aux choses qui l’ entourent pour mieux les comprendre. C’est une étape décisive dans son développement, et dans son rapport à son environnement. La pensée rationnelle a longtemps mis de côté l’anthropomorphisme, le considérant comme une pensée primitive.

Pourtant l’avènement de l’intelligence artificielle pousse les scientifiques à revoir leur copie ! Et si l’anthropomorphisme était la réponse à un besoin humain ?

L’évolution du rapport homme / machine ….

La difficulté de l’identification objective repose sur sa présence physique des choses. C’est exactement ce qu’illustre le test de Turing. Le « juge » n’est pas en contact direct avec l’ordinateur, il ne sait pas d’où vient le message, quel est son émetteur. Pascal Boyer a montré que la pensée anthropomorphique constitue une stratégie cognitive tout à fait rationnelle, qui est adaptée aux moments où nous avons à gérer la nouveauté et l’incertitude. La notion d’anthropomorphisme a ainsi à gagner en heuristique si on la projette dans un prisme d’ontologie comparée. Cette dernière nous invite en effet à considérer la manière avec laquelle sont catégorisées les formes d’existence humaines et non-humaines. Ainsi, si on le ne réduit pas à une vision primitiviste, l’anthropomorphisme est un prérequis essentiel pour l’utilisateur permettant de s’identifier au concept (dans le cas de la religion) ou à un objet (avec la robotique) pour mieux l’appréhender.

« Si nous remettons de l’humain partout, c’est aussi et avant tout parce que nous sommes des êtres sociaux, que nous avons une capacité exceptionnelle à la socialisation »,

Vinciane Despret 

La limite qiu’il y a entre notre besoin de reconnaître un comportement et le malaise que crée une similitude trop forte mêlée à des anomalies qu’ont des robots est parfaitement illustrée dans par la théorie de la vallée dérangeante ou vallée de l’étrange (de l’anglais uncanny valley). Elle nous provient directement du roboticien japonais Mori Masahiro, que l’on retrouve en détail ici.

A noté que les paramètres provoquant selon cette théorie sont pour les robots humanoïdes ressemblant à des humains, on peut généralement remarquer :

Les mouvements plus lents qu’un humain.
Les mouvements plus réguliers qu’un humain.
Les rides de la peau différentes de celles d’un humain.

La vallée de l’étrange est la région de réponse émotionnelle négative envers les robots qui ont l’air presque humains. Aujourd’hui cette théorie est remise en question par l’impossibilité de créer des expériences qui seraient capable d’atteindre l’Uncanny Valley.

Notre parti pris…

Notre philosophie créative repose sur la création d’expériences utilisateur. En ce sens nous pouvons utiliser l’anthropomorphisme dans nos ateliers, notamment lors de la construction des chatbots, avec parcimonie. Nous ne voulons pas alimenter les fantasmes que suscitent l’intelligence artificielle, et la notion d’intelligence générale. Mais nous l’utilisons de manière didactique pour amener nos utilisateurs à saisir les concepts abstraits comme l’apprentissage, les signatures de langage, la communication sur lesquels se fondent nos solutions.

Notre objectif est de créer une expérience qui répond et sert l’usager. En ce sens, nous avons adopté une approche hybride, nos bot peuvent avoir des prénoms, c’ est un moyen assumé de mettre en place une relation entre nos bots et nos utilisateurs. Mais chaque entrée en relation avec nos chatbot passent pas une présentation de ce qu’est un chatbot et du fait que l’interlocuteur n’est pas humain.